mercredi 30.09.2009, 07:19
Forcé de rester à quai, Frédéric Drogerys, 19 ans de pêche, estamer quant à l'avenir de la petite pêcherie dunkerquoise. PHOTO « LA VOIX »
Comme tous ses collègues pêcheurs, Frédéric Drogerys, du port de Dunkerque, est au chômage forcé depuis que la préfet du Nord leur a demandé de « respecter la loi » en arrêtant de pêcher. Des quotas de soles atteints, une sourde colère, un sentiment d'injustice : Frédéric sent monter la révolte...
« Je ne supporte plus de me promener place Jean-Bart, de voir tous ces gens... Ma place est en mer, sur mon bateau ! » Frédéric Drogerys en a gros sur son coeur de pêcheur. À 35 ans, dont 19 années passées à voguer au large des côtes dunkerquoises et à remonter ses filets, il est aujourd'hui forcé de passer ses journées à terre.
La semaine dernière, le préfet du Nord a été clair : les quotas de soles (133 tonnes) pour l'année sont atteints et ce depuis début avril les 18 bateaux de pêche artisanale de Dunkerque ne doivent plus sortir, sous peine d'être contrôlés et verbalisés. Alors, Frédéric est rentré dans les clous, comme les copains. « Et on voit les Hollandais qui continuent de travailler, tranquillement et dans des proportions industrielles (quotas de 10 500 tonnes), sans qu'on leur dise rien. C'est écoeurant... », tempête Frédéric.
Fils de pêcheur, celui qui est aux commandes depuis un mois du Thibalex, un fileyeur de 17 mètres qui embarque quatre hommes à bord, a commencé avec son père en 1990, sur le chalutier Cô-Pinard. Un bateau dont certains se souviennent peut-être à Dunkerque : il a fini « déchiré », détruit en 1998 car non conforme. « Aujourd'hui, on nous fait comprendre qu'on doit encore casser nos bateaux, diminuer notre flotille (celle-ci est passée de 35 à 18 en quelques années). Un ou deux en moins... Mais pas plus, on est déjà limite pour faire vivre la coopérative maritime. Elle n'aura pas les reins assez solides pour tenir si on ne retourne pas vite en mer. Que vont devenir les gens qui y travaillent, l'électricien, le mareyeur et en bout de chaîne les poissonniers, les aubettes, certains restaurateurs ? », s'insurge Frédéric.
Comme bon nombre de ses collègue, Frédéric est dans une situation délicate. « C'est vrai, la sole se vend bien (entre 12 et 25 E le kilo selon les tailles), on peut même dire que l'on vit mieux que nos parents. Mais beaucoup ont pris des crédits pour changer le frigo, la télé. Et aujourd'hui on nous dit : "Vous ne pouvez plus travailler !" Alors qu'on est l'un des rares secteurs épargné par la crise. C'est aberrant. » En toute transparence, Frédéric explique qu'il touche habituellement, en moyenne, entre 2 000 et 2 300 E par mois, qu'il rembourse le prêt de sa maison, 900 E, « plus les mutuelles, les assurances. Et l'on ne reçoit aucune aide pour cette période de chômage forcé. Et les impôts vont bientôt arriver... » Alors, pour la première fois depuis des années, son épouse a repris son travail de nourrice à domicile, pour permettre à la famille et aux trois enfants de s'en sortir. « On ne se plaint pas habituellement. Mais si aucune solution n'est trouvée, certains vont péter les plombs... »
Aller pêcher à Boulogne ?
Quelles solutions justement ? « Nos quotas étant épuisés dans notre zone (4C, qui s'étend de Gravelines au littoral danois), on va devoir aller en 7D (au large de Boulogne), mais c'est deux heures de voiture par jour, puis deux heures de bateau. On l'a déjà fait, on le fera, mais avec quelles conséquences financières, et en terme de fatigue ? » Aujourd'hui, Frédéric est à Paris avec les collègues du Comité local des pêches. Reçus par le groupe de gauche à l'Assemblée nationale, peut-être par des députés de la majorité, ils espèrent obtenir des réponses autres que le traditionnel « c'est la faute à l'Europe ». « Donner un statut particulier à notre pêche artisanale est vraiment vital », demeure pour Frédéric et les siens la vraie réponse. « Sinon, ce sera la mort des hommes. »
PAR BENJAMIN CORMIER
source la voix eco.com









